Le Nifff
 05.07.2019, 21:39

Au Nifff, Jean Dujardin nous parle du «Daim»

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Jean Dujardin inaugurait le Nifff à Neuchâtel, hier.

Cinéma Jean Dujardin a présenté hier soir «Le daim» de Quentin Dupieux en ouverture du Neuchâtel International Fantastic Film Festival (Nifff). Rencontre avec un acteur qui n’a pas peur des névroses.

Hier à l’ouverture du Nifff, Jean Dujardin a présenté «Le daim» de Quentin Dupieux, où il incarne un homme devenu fou à cause d’un blouson face à une serveuse cintrée jouée par Adèle Haenel. Entretien avec un acteur qui s’empare des obsessions de ses personnages depuis «Le bruit des glaçons» de Bertrand Blier, jusqu’à «I Feel Good» de Gustave Kervern et Benoît Délépine, en passant par les «OSS 117» de Michel Hazanavicius.


Jean Dujardin, est-ce que vous aimez les personnages barrés?

C’est vrai, j’ai souvent joué des rôles en circuit fermé. La solitude et le côté obsessionnel de ces personnages me touchent. Si je réalisais un film un jour, j’irais dans ces contrées-là, car on a tous nos névroses. Et quand Quentin m’a proposé «Le daim», ça m’a touché, cette histoire d’un homme qui se retrouve seul pour parler à un blouson, ou se parler à lui-même!

Les névroses, ça vous attire…

On est tous un peu au bord, je pense. Quand on est acteur, on s’autorise à faire des choses bizarres. Je me demande ce qu’on cherche, ce qu’on essaie de faire éclater. C’est très étrange. J’essaie de rester enfantin et comique, parce que ça me permet de ne pas trouver le métier trop grave, mais je cherche aussi des sensations. Peut-être que c’est un garde-fou, que ça m’évite de passer de l’autre côté.

Qu’est-ce qui vous a plu dans «Le daim»?

Le côté intime et le fait qu’il s’intéresse à quelqu’un dont tout le monde se fout. Normalement, ce genre de mecs, on ne les suit pas, ce genre de films, on ne les fait pas! Faire un film comme ça signifie qu’il y a encore de la place pour les choses marginales et singulières, et non pas formatées comme la société nous les impose, que ce soit dans l’architecture, les fringues ou la bouffe.

Est-ce que vous privilégiez l’humour pince-sans-rire?

Les films que j’ai faits avec Bertrand Blier, ou même «99 francs», sont assez pince-sans-rire, mais j’aime me balader dans les humours selon les auteurs. Dans «Le daim», il y a quelque chose qui surgit du silence. C’est original à l’heure où la comédie a besoin de tout remplir très vite.

Travailler avec Quentin Dupieux, en quoi est-ce différent?

Son procédé est différent. Il fait tout, la caméra, la lumière… Il désacralise complètement le moment du tournage. Il n’y a plus cette grosse promesse du «moteur demandé». Tout devient simple, confortable, enveloppant même, pour créer par le vide en prenant le temps de le faire.

Comment vous êtes-vous approprié votre rôle?

J’avais juste à être normal en faisant des choses anormales. Quentin m’a fait dire que je voulais être le seul mec à porter un blouson. Je ne pouvais pas surjouer un truc tellement haut perché. Au contraire, je devais descendre pour que ça soit vraisemblable.

Et comment avez-vous travaillé avec Adèle Haenel?

C’est un animal sauvage. Elle ne va pas être sociable parce que les convenances l’imposent. Elle s’en fout. Elle est dans une logique de projection de son personnage, et elle attend la même chose de l’autre. Donc, on a fait le bœuf en disant «vas-y, joue», mais chacun dans la solitude de son personnage.

On a tendance à tout rationaliser dans la vie…

Oui, je trouve bien de rester dans le sensoriel. On parle trop, on réagit super vite sur Twitter, on a des colères réflexes, on veut tout expliquer. Laissons faire, prenons le temps de l’expérience!

Présenter «Le daim» au Nifff, qu’est-ce que ça change?

Je ne peux pas vous dire. Je ne vais pratiquement jamais dans les festivals. Mais je suis content d’être ici, parce qu’il faut offrir une place à des films comme ceux de Quentin. Qui sait? Je vais peut-être découvrir ce soir un public de genre. Je vais écouter comment les gens réagissent.

Raphaël Chevalley

Infos pratiques

«Le daim» sort mercredi en salles.
 

Thomas Facchinetti et la «fffierté» des Neuchâtelois

Dans un théâtre du Passage bondé, la star du soir, Jean Dujardin, a parlé de la folie ordinaire de son rôle dans «Le daim», «un film qui fera du bien aux bons gros névrosés dans la salle». Et il a remercié un «grand gagnant» dans le public venu avec une veste en daim (et une coiffure étonnante). «Laissez-vous faire, ça ne fait pas mal», a-t-il lancé aux spectateurs.

Avant cela, Jean Studer a fait rimer Nifff avec «snif» au moment de passer la main à la journaliste Nathalie Randin à la présidence du festival. Anaïs Emery, cofondatrice et directrice artistique, a insisté sur la parité qu’elle prône au sein de l’organisation. Pascal Crittin, directeur de la RTS, a rappelé le soutien de la télévision au cinéma suisse malgré un contexte financier délicat. Thomas Facchinetti, conseiller communal de Neuchâtel en charge de la culture, a jonglé entre quatre langues, français, allemand, italien et anglais pour dire la «fffierté» des Neuchâtelois d’accueillir cet événement.

Et Alain Ribaux, pour l’Etat de Neuchâtel, a osé le registre comique avec un discours joyeusement confus. «Cela fait Satan que viens Sissi vous présenter mes bœufs», a-t-il par exemple glissé après s’être adressé à «ma flamme la persistante».

Eric Lecluyse


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