12.09.2017, 00:48

Des corneilles transformées en épouvantails font polémique dans la vallée des Ponts-de-Martel

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Ces corneilles suspendues à une potence sont censées effaroucher leurs congénères attirées par les semences de blé

 12.09.2017, 00:48 Des corneilles transformées en épouvantails font polémique dans la vallée des Ponts-de-Martel

BROT-PLAMBOZ Les amis des oiseaux volent dans les plumes d’un agriculteur. La raison de leur ire? Le paysan a accroché des cadavres de corneilles à des poteaux électriques afin d'effrayer les oiseaux qui viennent manger ses semis de blé.

Le spectacle s’offrant aux automobilistes qui circulent entre Les Petits Ponts et Brot-Plamboz est plutôt macabre. Ames sensibles s’abstenir. Deux couples de corneilles ligotées par le cou sont pendues à des potences fixées à des poteaux électriques. De quoi s’agit-il? La réponse nous est donnée par Nicolas Jeanneret, propriétaire du champ de blé au-dessus duquel les corvidés se...

Le spectacle s’offrant aux automobilistes qui circulent entre Les Petits Ponts et Brot-Plamboz est plutôt macabre. Ames sensibles s’abstenir. Deux couples de corneilles ligotées par le cou sont pendues à des potences fixées à des poteaux électriques. De quoi s’agit-il? La réponse nous est donnée par Nicolas Jeanneret, propriétaire du champ de blé au-dessus duquel les corvidés se balancent au gré des vents. «J’ai demandé au garde-faune Fernand Dupré de me fournir des corneilles mortes pour effaroucher celles qui venaient manger mes semis de blé. Il y en avait des centaines ce printemps qui s’abattaient sur ma culture de céréales. C’était épouvantable.»

Cette méthode de dissuasion, moralement discutable aux yeux de nombreux amis de la faune sauvage, est en revanche «légale», relève Christophe Noël, inspecteur cantonal de la faune. «Les oiseaux confiés à cet agriculteur ont été abattus lors de tirs de gestion», précise-t-il.

Un côté sordide

C’est Pro Natura Neuchâtel qui a été le premier à lever le lièvre. «J’ai signalé la chose à Christophe Noël il y a deux mois», explique Yvan Matthey, chargé d’affaires à Pro Natura.

L’affaire se répand aujourd’hui sur la place publique et soulève une vague d’indignation. Les protecteurs de la nature se déchaînent contre le procédé employé pour effaroucher les oiseaux. «Au-delà de cette douteuse et probablement peu efficace exhibition de cadavres, c’est la pendaison par le cou à une potence qui me dérange le plus. Cette mise en scène au vu de tout le monde, style gibet moyenâgeux, a un côté sordide et inutile», commente Jean-Daniel Blant, ornithologue neuchâtelois.

Chargée d’information à Birdlife suisse, Sarah Delley n’hésite pas à parler de «pratique barbare». Les réactions sont toutes du même tonneau, chargées d’indignation et de colère.

«C’est une honte», tempête Yvette Sœur, enseignante chaux-de-fonnière à la retraite. Chaux-de-Fonnier sensible à la défense de la biodiversité, Claude Roulet condamne «des procédés dignes du Moyen Age.» L’alliance neuchâteloise anti-chasse ne prend pas de gants non plus pour dénoncer «cette image sordide et scandaleuse.» Présidente de la Ligue neuchâteloise contre la vivisection, Sylvie Benoît se demande «si nous habitons toujours dans un pays civilisé».

«Ce canton est une horreur pour les animaux»

La virulence de la condamnation monte encore d’un cran sous la plume acérée de l’écrivaine chaux-de-fonnière Bernadette Richard. «Ce canton est une vraie horreur pour les animaux.»

Pro Natura a craint un moment que les oiseaux faisant office d’épouvantails ne soient des grands corbeaux. Pro Natura peut être rassuré de ce côté-là: il s’agit bien de corneilles. Christophe Noël croit bon de rappeler que «le grand corbeau est également une espèce chassable».

Claudine Sandoz, agricultrice, dont les fenêtres donnent sur les deux gibets, avait elle aussi raison de le redouter. Il y a un an et demi, en effet, ce sont bien deux grands corbeaux criblés de plombs, qui avaient été déposés intentionnellement devant sa porte.

Pas un cas isolé

Cette affaire de gibet aux oiseaux n’est pas un cas unique dans la région. Nicolas Jeanneret signale qu’il y a recouru pour la première fois cette année, mais avant lui d’autres agriculteurs ont fait usage de cette méthode d’effarouchement. Dans la vallée de La Brévine, à La Chaux-de-Fonds ou encore à Colombier, des dispositifs similaires ont été utilisés.

Les moissons sont aujourd’hui achevées, mais les gibets sont toujours en place ce qui pose question à Claudine Sandoz. «J’ai de la peine à comprendre que le fait de laisser des cadavres se décomposer en plein air puisse être considéré comme acceptable, voire légal.»

Vétérinaire cantonal, Pierre-François Gobat ne se prononce pas sur la légalité ou non de la situation présente, mais il juge que «c’est une question de bonne pratique de retirer les oiseaux dès qu’il n’y en a plus besoin.» Nicolas Jeanneret ne l’entend pas de cette oreille, du moins pour l’instant en tout cas. «J’enlèverai les oiseaux quand Claudine Sandoz cessera de nourrir ceux qui vivent dans les alentours.» Ambiance...

Ils ne sont pas dupes

La méthode du gibet à corneilles est efficace, selon Nicolas Jeanneret, mais les milieux de la protection de la nature sont beaucoup plus réservés. «Je n’ai pas pendu ces oiseaux pour les montrer au bon Dieu. Ce procédé est un des moyens pour diminuer l’impact des corneilles sur les semis de printemps», assure l’agriculteur, qui a utilisé également des canons à gaz pour provoquer la fuite des corvidés. Christophe Noël corrobore les propos de Nicolas Jeanneret. Il observe toutefois que son service «conseille toujours aux agriculteurs de privilégier les plumées au sol. Cette méthode est également efficace et à l’avantage d’être bien tolérée.»

En revanche, Birlife Suisse conteste l’efficience du procédé. «Les corvidés sont des oiseaux extrêmement intelligents. Ils remarquent rapidement le subterfuge.» Birdlife recommande aux céréaliers de recourir d’abord à des méthodes culturales et agritechniques qui détournent l’intérêt des corvidés pour les semis. «Il faut éviter de laisser des semences à la surface du champ. Il est important également de conserver des haies, refuges pour les prédateurs des corvidés.» Si malgré l’adoption de ces mesures préventives, les corneilles continuent à consommer les semis, l’organisation ornithologique préconise d’autres moyens d’action que le gibet à oiseaux. «L’emploi de tourniquets à vent, de ballons gonflés à l’hélium ou de rubans en plastique coloré a fait ses preuves.».


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